Consolider les capacités des Etats dans l'analyse et le partage des renseignements contre le terrorisme

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La zone ouest-africaine demeure encore vulnérable aux activités de la criminalité transnationale organisée. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet état de fait : la porosité des frontières, les obstacles matériels à une coopération efficace au niveau régional, le manque d'harmonisation des méthodes entre les corps chargés de la surveillance des frontières et de l'application de la loi. A cela s'ajoute la faiblesse ou l'absence d'échanges en matière de renseignements criminels. Les activités des réseaux criminels vont du trafic de drogue et de substances illicites au trafic d'armes, sans oublier le trafic de migrants et la traite des personnes. Des faits concordants laissent entrevoir des synergies entre différents groupes criminels dont les activités illicites ralentissent l'économie des pays touchés et favorisent la corruption à grande échelle.

Pour arriver à un niveau optimum dans la collecte, l'analyse et le partage des renseignements, l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), à travers sa Section Recherche et Sensibilisation a organisé du 5 au 6 octobre 2017 à Dakar, un « Atelier régional sur l'acquisition, l'analyse et le partage de renseignements dans la lutte contre la criminalité transnationale organisée à travers le cas de deux corridors en Afrique de l'Ouest. »

L'atelier, financé par l'Union Européenne, avait pour objectif de favoriser la coopération et d'améliorer le partage d'expériences et de renseignements entre différents corps d'application de la loi au niveau national et régional, voire international. Il s'inscrit en ligne avec le Plan d'Action Régional de la CEDEAO 2016-2020, et plus particulièrement son objectif : « Application efficace de la loi et coopération nationale/régionale entre les organismes concernés par la lutte contre le trafic de stupéfiants, le crime organisé et la consommation de drogues ».

Gauche-droite :  M.Pierre Lapaque, Réprésentant régional (UNODC), Mme Chantal Lacroix, Représentante-adjointe (UNODC), Chinoza Chine, Chargée de programme Application de la loi & Coopération (CEDEAO), M.Antoine Gouzee, Conseiller à la sécurité (UE), ©ONUDC 2017
Gauche-droite : M.Pierre Lapaque, Réprésentant régional (UNODC), Mme Chantal Lacroix, Représentante-adjointe (UNODC), Chinoza Chine, Chargée de programme Application de la loi & Coopération (CEDEAO), M.Antoine Gouzee, Conseiller à la sécurité (UE), ©ONUDC 2017

L'atelier de Dakar se basant sur les faits établis par la Section Recherche et Sensibilisation s'est penché sur le cas de deux importants corridors servant à diverses activités criminelles transfrontalières : le corridor dit « Sahélien » (Sénégal, le Mali, le Burkina Faso et le Niger) et le celui dit du « Golfe de Guinée » (Côte d'Ivoire, le Ghana, le Togo, le Benin et le Nigeria).

Pendant deux jours, une trentaine d'officiers spécialisés dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, procureurs, d'officiers de liaison et d'experts, issus de neuf pays de la CEDEAO et de l'ONUDC, ont eu des échanges riches sur les meilleures pratiques en matière de coopération, les différents types d'obstacles à un partage de renseignements efficace, les mécanismes appropriés d'analyse et de partage de renseignements. Chaque pays a envoyé trois experts (trafic de drogues, trafic de migrants et de personnes, trafic d'armes à feu) pour des échanges fructueux entre spécialistes du terrain.

Monsieur Pierre Lapaque, Représentant régional de l'ONUDC a déploré « l'absence ou l'utilisation trop irrégulière de mécanismes de partage de renseignements à un niveau opérationnel, ainsi que les insuffisances dans la coopération régionale entre services spécialisés. »

Monsieur Antoine Gouzée de Harven, Conseiller à la Sécurité du Bureau Union Européenne à Dakar a encouragé la tenue d'un tel atelier dont l'objectif est de « lever les goulots d'étranglement au partage de renseignements. »

Madame Chizoba Chine, Chargée de programme, Application de la loi et Coopération auprès de la CEDEAO, a insisté sur les points de vulnérabilité dans le contexte ouest-africain et l'action des réseaux criminels qui profitent du manque de coordination et de coopération dans la région. Elle a appelé a plus d'efficacité dans la réponse face aux menaces à la stabilité sous-régionale en présentant le Plan de la CEDEAO contre la criminalité transnationale organisée.

Madame Chantal Lacroix, Représentante régionale adjointe de l'ONUDC a déclaré que l'atelier de Dakar était au cœur du mandat de de l'ONUDC, ainsi que la mise en œuvre du Plan régional 2016 de la CEDEAO. Elle a présenté aux participants les axes stratégiques du Plan ainsi que le travail de la Section Recherche en termes de collecte de connaissances sur les menaces dans la région.

La rencontre de Dakar est partie du constat que « le renseignement reste un élément essentiel dans la lutte contre les menaces sécuritaires nationales et régionales » posées par les réseaux criminels et dont les activités illicites ont un impact néfaste sur la stabilité, la gouvernance, la sécurité, la santé publique et même les droits de l'homme dans la région. », selon l'argumentaire de la Section Recherche de l'ONUDC.

 ©UNODC 2017
©UNODC 2017

Des experts du trafic des armes, du trafic des migrants et de la traite des personnes et du trafic de drogue ont fait le point de la situation quant à l'ampleur des activités mises à l'index mais aussi sur les liens réels ou supposés des différentes branches de la criminalité organisée. Les différents intervenants ont souligné la faiblesse ou l'absence totale du partage de renseignements entre les acteurs engagés dans la lutte contre la criminalité organisée en Afrique de l'Ouest. Une meilleure connaissance des menaces et tendances permet de construire des politiques efficaces fondée sur des données fiables et de répondre de façon plus stratégique à l'échelle nationale et régionale.

Un rapport destiné à la CEDEAO et permettant de corriger les faiblesses et manquements en matière d'analyse et de partage de renseignement été produit à l'issue de l'atelier.

L'ONUDC a déjà organisé plusieurs ateliers du genre entre 2015 et 2016 et dont le but était d'améliorer la coopération et l'expertise en Afrique de l'Ouest à travers le partage d'expérience, de connaissances et de renseignements sur la drogue et le crime organisé. La Section Recherche et Sensibilisation mène des travaux visant à l'amélioration des connaissances, au renforcement des capacités et à la sensibilisation, grâce à des données fiables issues d'activités de terrain.