Le Burkina Faso avance dans la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme

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Le crime et le terrorisme sont des sujets préoccupants dans la région du Sahel. Les profits générés par les activités illicites sont souvent investis dans l'économie formelle, corrompant le développement économique des pays au bénéfice des groupes criminels. À l'inverse, les groupes terroristes utilisent de plus en plus les flux financiers légaux au profit de leurs activités de déstabilisation.

Pour répondre à ces menaces, le système de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT) donne une place centrale aux Cellules nationales de traitement des informations financières (CENTIF). Cependant, l'efficacité de ces CENTIF nécessite la pleine coopération des assujettis, définis comme les personnes et entités obligées par la loi de déclarer toute opération suspecte chaque fois qu'ils pensent en être les témoins.

Réunissant dans la même salle, 30 représentants des secteurs financier et non financier (microfinances, maison de change, agence de transfert, agence immobilière, avocat, notaire et assurance), cet atelier de trois jours avait pour but de leur faire prendre conscience de leur rôle dans la LBC/FT. L'atelier a été ouvert par Mme Marie Beatrice Tassimbedo Tapsoba, Présidente de la CENTIF. Elle a déclaré que cet événement arrivait à point nommé au regard des énormes besoins de formation des secteurs assujettis.

The group of participants after the workshop
The group of participants after the workshop

Au Burkina Faso, le passage dans l'ordre interne de la nouvelle Directive LBC/FT de l'UEMOA a été mis en œuvre à travers l'adoption de la loi n°016-2016/AN du 03 mai 2016. Par ailleurs, le Burkina Faso conduira, en 2018, son évaluation nationale de risque selon les nouvelles exigences des recommandations du Groupe d'action financière (GAFI). Lors de cette évaluation, les assujettis seront associés afin d'identifier les risques et vulnérabilités dans chacun de leur secteur d'activités en matière de blanchiment d'argent et de financement du terrorisme.

Des documents clés ont été présentés : la nouvelle ordonnance en matière de LBC/FT transposant la directive régionale (actuellement en cours d'examen au sein du Parlement pour être validée comme loi), et le formulaire de déclaration d'opération suspecte. Des exercices pratiques ont été faits en groupe afin d'identifier les divers mécanismes de blanchiment d'argent et comment rechercher les noms des groupes terroristes en ligne (liste ONU). Si les représentants du secteur bancaire avaient connaissance de ces listes (ONU ou
Bureau de contrôle des avoirs étrangers), les autres participants (ex. secteur immobilier) n'avaient aucune idée de leur accessibilité.

La Présidente de la CENTIF a clôturé l'atelier en souhaitant que plus de déclarations de soupçons soient envoyées à la CENTIF par les différentes entités grâce à ces trois jours de sensibilisation. A l'heure actuelle, c'est principalement le secteur bancaire qui transmet ces déclarations. De plus, à ce jour, le Burkina Faso ne compte aucune condamnation en matière de blanchiment d'argent et de financement du terrorisme. En faisant des déclarations de soupçons, les assujettis peuvent entreprendre les premières étapes vers des condamnations dans des cas de blanchiment ou de financement du terrorisme.

Dans leur évaluation, les participants et les participantes ont indiqué que les objectifs de la formation avaient été atteints. Ils ont également relevé la pertinence de cet atelier pour leur travail quotidien, ce qui les aidera dorénavant à faire preuve de la diligence nécessaire afin de détecter les cas de BL/FT. Tous les participants ont indiqué qu'ils partageraient le contenu de l'atelier avec leurs collègues.

L'ONUDC a mis en œuvre des activités similaires au Mali et au Niger en 2016 à travers le Programme Sahel qui fait partie de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel, lancée par le Conseil de Sécurité en 2012 en réponse aux conflits libyen (2011) et malien (2012).