Les forces de police des États du Sahel s'engagent dans la lutte contre la corruption

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La corruption remet en cause la légitimité de l'État. La corruption au sein de la police constitue une grave menace aux efforts pour combattre la criminalité organisée et les trafics illicites. Au sein de la région du Sahel, une étude de l'Afrobaromètre (2013) révèle qu'en moyenne 71% des répondants considèrent que la plupart des policiers ou certains d'entre eux sont corrompus.

Pour relever ce défi, l'ONUDC a organisé une réunion à Niamey, au Niger, les 13 et 14 octobre 2015, en réunissant des Directeurs Généraux adjoints de la Police Nationale, des Directeurs de Police Judiciaire et des Directeurs des Écoles nationales de la Police, ainsi que des chefs et représentants des Institutions nationales de lutte contre la corruption provenant de cinq pays du Sahel (le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali, le Niger et le Sénégal). Des magistrats spécialisés en matière de criminalité économique et financière et des représentants de la société civile étaient également présents, afin de discuter de la police et de la lutte contre la corruption.

A l'ouverture de cet atelier régional, le Directeur Général de la Police Nationale du Niger, M. Souley Boubacar, a réaffirmé son « ferme engagement à travailler sans relâche pour lutter contre la corruption au sein de [son] institution ». Le Secrétaire-Général du Ministère de l'Intérieur a rappelé que « la sous-région fait face à la pire forme de criminalité, le terrorisme » et que « la lutte contre ce fléau tentaculaire ne peut être efficacement menée qu'avec des personnels intègres, dévoués, professionnels et bien équipés. » Il a également rappelé que la corruption « constitue un facteur majeur d'instabilité et de trouble à la paix publique ».

Les participants à la fin de la conférence
Les participants à la fin de la conférence

Le Représentant régional de l'ONUDC, M. Pierre Lapaque, a pour sa part exprimé son inquiétude concernant l'impunité face à la corruption, « trop souvent, nous constatons encore un manque d'enquête et de poursuite des individus impliqués dans des faits de corruption ». Il a affirmé que « la lutte contre la corruption doit prendre une place plus importante dans les activités policières et judiciaires dans la région sahélienne ».

Durant les deux jours de travaux, les participants à l'atelier ont échangé leurs expériences sur deux thèmes principaux : la collaboration entre les institutions nationales de lutte contre la corruption et la police nationale ainsi que la lutte contre la corruption au sein de la police.

Le conseiller anti-corruption de l'ONUDC pour l'Afrique de l'Ouest, M. Samuel De Jaegere, a présenté les efforts actuels de lutte contre la corruption au sein de la région du Sahel. Le Directeur de la police judiciaire du Rwanda, M. Theos Badege, a également pris part à la rencontre et a partagé l'expérience du Rwanda en matière de lutte contre la corruption, y compris au sein des forces de la police nationale.

A l'issue des travaux, les participants ont adopté un communiqué dans lequel ils ont, entre autres, proposé « (1) de renforcer la collaboration entre les institutions nationales de lutte contre la corruption et les forces de la police nationale ; (2) d'envisager de renforcer les institutions nationales de lutte contre la corruption avec des pouvoirs d'officiers de police judiciaire et des pouvoirs de poursuite devant les juridictions ; (3) de soutenir les écoles nationales de police à développer des modules de formation sur l'intégrité et la lutte contre la corruption ; (4) de soutenir des plaidoyers au niveau national pour l'amélioration des conditions de vie et de travail des policiers ; (5) de soutenir les organes de contrôle interne et externe de la police nationale afin de renforcer les mesures disciplinaires et d'appliquer les sanctions pénales appropriées ; (6) de concevoir et de renforcer des partenariats entre les polices nationales et les acteurs de la société civile en matière de lutte contre la corruption et (7) de promouvoir des actions d'information et de sensibilisation à l'endroit du public avec la participation des médias et des leaders d'opinion». Enfin, ils ont proposé « d'étendre les activités de lutte contre la corruption à d'autres forces nationales de sécurité et d'application de la loi ».

En parallèle de cet évènement régional, M. Pierre Lapaque, a rencontré le Premier Ministre de la République du Niger, S.E. M. Brigi Rafini, le Ministre de l'Intérieur, S.E. M. Hassoumi Massaoudou, le Ministre de la Justice, S.E. M. Marou Amadou ainsi que le nouvel Ambassadeur de France auprès de la République du Niger, S.E. M. Marcel Escure.

Le Représentant régional a pu ainsi souligner l'importance de la lutte contre la corruption, dont les effets sont dévastateurs non seulement pour l'État mais aussi pour l'ensemble de la sous-région, particulièrement lorsque celle-ci survient dans les forces de police, censées être les garants de la loi et de l'ordre.

En tant que gardien officiel de la Convention des Nations Unies contre la corruption et participant à la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel, l'ONUDC renforce régulièrement les capacités d'acteurs, institutionnels ou non, cherchant à lutter contre la corruption. Cette conférence a été rendue possible grâce au soutien du gouvernement de l'Autriche.